Perchlorates dans l'eau du robinet...

La présence du perchlorate dans l'eau de distribution inquiète grandement la population du Nord-Pas-de-Calais. Voici quelques questions-réponses qui vous permettront de répondre aux interrogations de vos patients.

Que sont les perchlorates ?

Les ions perchlorate sont des sels chlorés très solubles dans l’eau. Ils peuvent être utilisés dans de nombreuses applications industrielles, en particulier dans les domaines militaires et de l’aérospatiale (propulseurs de fusées, dispositifs pyrotechniques, poudres d’armes à feu, etc). Les ions perchlorate peuvent également se retrouver dans l’environnement à la suite de rejets industriels.
Leur présence dans le Nord Pas de Calais s’explique probablement par les combats qui ont eu lieu
dans la région au cours de la première guerre mondiale et la persistance de matériels militaires
(obus, munitions, etc) dans les sols.

Depuis combien de temps dure la pollution ?

On sait que les perchlorates sont utilisés depuis le 19ème siècle mais il n’y a pas d’élément sur le
niveau d’exposition passée car les premières analyses ont été réalisées à l’automne 2011. En effet,
les ions perchlorate ne figurent pas dans la liste des substances réglementées pour la qualité de l’eau du robinet. On ne connaît donc pas les concentrations en perchlorates avant cette date.

Quels sont les effets sur la santé liés à l'ingestion de perchlorates ? Cette substance est-elle cancérigène ?

Cette substance n’est pas cancérigène.

Même si les études épidémiologiques ne permettent pas de conclure à une relation causale entre une exposition environnementale aux perchlorates et des effets sur la fonction thyroïdienne, le
perchlorate peut, par compétition, induire une diminution de l’absorption d’iode qui pourrait elle-
même entrainer un déficit en hormones thyroïdiennes. Il s’agit donc d’un effet biologique plus que
clinique.
Il convient de souligner que les perchlorates ne s’accumulent pas dans l’organisme humain et que
leurs effets sont réversibles chez l’adulte et l’enfant. Les fluctuations de courte durée des hormones
thyroïdiennes ne sont pas un problème chez l'adulte et l’enfant, sans déficit en apport d’iode, car la
thyroïde présente des mécanismes adaptatifs face à une variation des apports en iode.

Comment les perchlorates exercent-ils leurs effets sur la thyroïde ?

Les études réalisées chez l’Homme par ingestion de perchlorate de potassium via l’eau de boisson
montrent que les ions perchlorate sont rapidement absorbés au niveau du tractus gastro-intestinal.
Les concentrations sanguines maximales sont atteintes en quelques heures (ATSDR, 2009). Les
ions perchlorate sont distribués rapidement dans l’organisme, notamment vers la thyroïde. Ils sont
des inhibiteurs compétitifs du passage actif des ions iodure de la circulation sanguine dans les
cellules des follicules thyroïdiens. Le site de cette action d’inhibition est une protéine membranaire,
le symporteur sodium-iode (NIS), située dans la membrane basale des cellules folliculaires,
adjacentes aux capillaires thyroïdiens, selon un mécanisme de transport actif ATPase dépendant.
C’est un mécanisme réversible et saturable stimulé par la thyréostimuline hypophysaire (TSH).

SOURCE: ANSES

Comment ont été établis les seuils ?

Les seuils ont été établis à partir d’hypothèses de consommation d’eau du robinet et d’une valeur
toxicologique de référence (VTR), basée sur l’étude expérimentale sur des volontaires sains de
Greer et al. (2002). L’inhibition du passage de l’iode vers la thyroïde était croissante avec la dose
de perchlorate ingérée. Une dose sans effet observavble de 7 µg/kg/j a été déterminée. Cette dose a
ensuite été revue pour tenir compte des populations les plus fragiles (enfants notamment). Un
facteur 10 a dès lors été appliqué ce qui a conduit à une VTR de 0,7 µg/kg/j.

L’adoption de cette VTR constitue un choix conservateur dans la mesure où l’effet retenu ne
s’appuie pas sur une observation clinique (hypothyroïdie) ou sur une altération biologique
directement causale (diminution des taux sanguins en hormones thyroïdiennes) mais sur un
indicateur précoce de dysfonctionnement. Autrement dit, il n’est pas possible d’interpréter un
dépassement modéré de la VTR en termes de survenue d’un effet thyroïdien clinique directement
observable.

Pour définir les seuils proposés, l’ANSES a fait l’hypothèse d’une consommation de 0.75 L et de 2
L d’eau par jour respectivement pour les nourrissons et pour les adultes.
L’ANSES a considéré que la part de l’eau dans les apports alimentaires quotidiens en perchlorates
était de 60 % pour les adultes et de 100 % pour les nourrissons, nourris exclusivement au sein ou
avec des laits maternisés.
Pour ce qui est des poids corporels, les hypothèses sont de 5 kg pour un nourrisson et 60 kg pour un adulte.

Ainsi, pour ne pas dépasser la VTR la concentration maximale admissible dans l’eau est de 14,7
(arrondi à 15 µg/L) pour les adultes et de 4,7 µg/L (arrondi à 4 µg/L pour être plus protecteur) pour
les nourrissons.

Quelles sont les personnes les plus à risque ?

Sur la base des avis des experts de l’Anses des 18 juillet 2011 et 20 juillet 2012, les populations
identifiées comme étant à risque sont :
- les nourrissons alimentés par les biberons préparés avec l’eau du robinet : ils ont un apport et un
stock en iode, nécessaire pour la fabrication des hormones thyroïdiennes, plus limités que l’adulte
sain. Un apport trop important de perchlorates nuirait à cette activité,
- les femmes allaitantes pour le nourrisson : les perchlorates passent dans le lait maternel et les
nourrissons ont un apport et un stock en iode, nécessaire pour la fabrication des hormones
thyroïdiennes, plus limités que l’adulte sain. Un apport trop important de perchlorates nuirait à cette
activité,
- les femmes enceintes pour le fœtus : les perchlorates passent dans le sang et traversent le placenta.
Ainsi, le fœtus (qui bénéficie d’une partie des hormones thyroïdiennes de sa mère) pourrait voir sa
production d’hormones thyroïdiennes diminuée du fait de la consommation par la mère d’eau
contenant des perchlorates.

Une étude épidémiologique est-elle envisagée?

La Direction générale de la santé (DGS) a saisi l'Institut de veille sanitaire pour évaluer la faisabilité
et la pertinence d'une étude épidémiologique. L'établissement d'une association entre les expositions passées aux perchlorates et la survenue d'effets sanitaires se heurte à plusieurs difficultés (effets sanitaires suspectés peu spécifiques, impossibilité d’évaluer précisément l’exposition passée aux perchlorates via l’eau du robinet, absence de données existantes sur la consommation d’eau robinet et sur les apports en iode de la population…).
Toutefois, une étude exploratoire visant dans un premier temps à rechercher un lien entre le niveau
d’hormone thyréostimuline (TSH) à la naissance et la concentration en perchlorate de l’eau délivrée
dans chaque commune est en cours de validation. Cette étude devrait être réalisée à partir de
données déjà existantes dans le cadre d’une part, du programme de dépistage systématique de
l’hypothyroïdie congénitale à la naissance et d’autre part, de la campagne de mesure des ions
perchlorate dans l’eau de distribution des communes du Nord Pas de Calais. En fonction des
résultats de cette étude exploratoire, un travail de recherche sur les effets d’une exposition aux ions
perchlorate sur la santé humaine pourrait être envisagé dans un deuxième temps.

Quelles sont les mesures mises en œuvre pour traiter l’eau présentant du perchlorate ?

Il a été demandé aux distributeurs d’eau de mettre en œuvre, dès que possible, un traitement de
l’eau visant à diminuer le taux de perchlorates sous les 4 µg/L pour l’ensemble de la population.
Des procédés de dilution peuvent être utilisés dans les zones où des ressources non polluées sont
disponibles à proximité des ressources polluées.
Par ailleurs, les autorités sanitaires et les distributeurs travaillent pour trouver d’autres solutions de
traitement. Parmi ces solutions, certaines résines échangeuses d’ions seraient susceptibles d’être
utilisées pour éliminer les perchlorates. Ces procédés, qui sont strictement encadrés en France, ne
pourront être homologués qu’après analyse précise de leurinnocuité.